Chaque automne, la semaine de l’art transforme Paris en un vaste parcours de découvertes. Les foires se répondent, les regards circulent et les œuvres trouvent de nouveaux publics. À l’occasion de sa première participation à Asia Now, Artenae revient sur le rôle de ces rendez-vous, où se rencontrent artistes, galeries et collectionneurs.
En octobre 2026, Art Basel Paris réunissait à elle seule 211 galeries venues de 41 pays et territoires, tandis qu’Asia Now rassemblait à la Monnaie de Paris plus de 200 artistes présentés par une soixantaine de galeries, d’institutions et de fondations. Derrière ces chiffres se dessinent une multitude de parcours : chaque foire propose une manière de découvrir la création, chaque galerie y défend un regard.
Vue de la Monnaie de Paris, accueillant la foire Asia Now - Visuel de l'oeuvre d'Eri Maeda sur la façade, courtesy Artenae gallery
Un lieu pour découvrir la création contemporaine
Entrer dans une foire d’art contemporain, c’est traverser une succession d’univers. Une sculpture arrête le regard, une peinture intrigue, une matière invite à s’approcher. Certaines œuvres semblent immédiatement familières ; d’autres demandent quelques instants, une explication ou un second passage.
Cette diversité fait partie de l’intérêt d’une foire. Dans un même lieu, le visiteur découvre différentes pratiques et des artistes qu’il ne serait peut-être pas allé chercher spontanément. Il peut comparer ses impressions, préciser ses goûts et se laisser surprendre.
Il n’est pas nécessaire d’avoir un projet d’acquisition pour y trouver sa place. Une visite peut simplement permettre de retenir un nom, de découvrir une galerie ou de commencer à regarder autrement.
Vue de l'oeuvre Whispers d'Eri Maeda, Asia Now 2026 - crédit Vincent Rola
Les galeries aussi présentent leur candidature
De la même manière qu’un artiste répond à un appel à candidatures, une galerie doit généralement présenter un dossier pour participer à une foire. Elle y expose son identité, sa ligne artistique et le projet qu’elle souhaite défendre : les artistes proposés, les œuvres envisagées et la manière dont elle prévoit de les présenter.
Les modalités varient selon les événements. Un comité de sélection ou une équipe curatoriale examine les candidatures en tenant compte notamment de la qualité des propositions et de leur cohérence avec l’orientation de la foire.
La participation d’une galerie se prépare donc bien en amont de l’ouverture. Il faut concevoir un projet, le défendre, puis lui donner forme. Chaque présentation résulte ainsi de choix successifs : ceux de la galerie, qui accompagne une démarche artistique, et ceux de la foire, qui compose son programme.
Le rôle de la galerie : choisir et donner à voir
Une fois le projet retenu, commence un travail de préparation où chaque détail compte. Choisir les pièces, organiser leur transport, penser l’accrochage et l’éclairage : il s’agit de créer les conditions d’une rencontre avec les œuvres dans un espace et un temps limités.
Présenter plusieurs artistes permet de faire apparaître des correspondances entre leurs recherches. Consacrer sa présentation à un seul artiste — un solo show — offre une autre possibilité : entrer plus précisément dans son univers, observer les variations de son travail et comprendre ce qui relie ses œuvres.
Ces choix expriment le regard de la galerie. Ils donnent une première idée des pratiques qu’elle accompagne et de la manière dont elle souhaite les partager.
Sur place, ce travail se prolonge dans la conversation. La galerie renseigne sur les matériaux, les techniques, le parcours de l’artiste et les recherches qui traversent sa pratique. Elle apporte aussi les informations concrètes nécessaires à une acquisition : prix, dimensions, installation, transport et conservation.
Vue du stand de la galerie Artenae à Asia Now - Solo show Eri Maeda
Asia Now, une ouverture sur les scènes asiatiques contemporaines
Du 20 au 24 octobre 2026, Asia Now a réuni à la Monnaie de Paris les scènes artistiques d’Asie et de leurs diasporas pour sa douzième édition. Placée sous le thème Sentimental Value, la foire explorait la manière dont les œuvres, les matières et les objets acquièrent une valeur au fil des histoires, des souvenirs et des liens que nous construisons avec eux.
Au sein de cette édition, le parcours The Third Space, sous le commissariat de Valentina Rosas Saad, interrogeait les rencontres et les transformations entre les cultures. Inspiré du concept de « tiers-espace » du théoricien Homi Bhabha, il proposait de regarder la création comme un lieu de circulation, où les héritages se croisent et font émerger de nouvelles formes.
Au sein de ce parcours, Artenae a présenté pour sa première participation à la foire un solo show d’Eri Maeda, invitant les visiteurs à découvrir l’univers singulier de l’artiste japonaise à travers ses sculptures.
Affiche de la 12ème édition d'Asia NOW - Image: The Poverty Line (Japan), Chow and Lin, courtesy of Whitestone Gallery
Eri Maeda : des sculptures qui invitent à la rencontre
Les créatures d’Eri Maeda retiennent le regard par leurs silhouettes, leurs expressions et leurs détails. L’humour ouvre la rencontre, puis l’attention se porte sur la matière et la personnalité qui semble se dégager de chaque sculpture.
Réunies, les pièces permettaient de découvrir les différentes présences qui peuplent cet univers. Le format du solo show offrait la possibilité de s’attarder sur ces singularités, tout en percevant les liens entre les œuvres.
Pour Artenae, cette première participation a été l’occasion de partager le travail de l’artiste au-delà des images, d’échanger avec les visiteurs et de voir naître, au fil des conversations, des affinités avec ses sculptures.
Une foire rassemble de nombreuses propositions en quelques jours. Il peut être tentant de vouloir tout voir, au risque de ne plus savoir ce qui a réellement retenu notre attention.
Quelques gestes simples permettent de prolonger la découverte : noter le nom d’un artiste, demander des précisions sur une œuvre, conserver les coordonnées de la galerie ou revenir après un premier tour.
Dire ce qui intrigue, même sans disposer du vocabulaire artistique, suffit souvent à engager une conversation. Une couleur, une expression ou une sensation constituent déjà un point de départ. Les échanges avec la galerie permettent ensuite de mettre des mots sur cette première impression et d’approfondir la découverte.
Pour celles et ceux qui envisagent une acquisition, cette conversation aide aussi à comprendre comment l’œuvre pourra prendre place dans leur quotidien. La réflexion peut se poursuivre après la foire, une fois les premières impressions décantées.
Vue du stand de la galerie Artenae à Asia Now - Solo show Eri Maeda
Après la foire, poursuivre la rencontre
La fermeture d’une foire ne marque pas la fin des échanges. Un dossier d’œuvres, une conversation avec la galerie ou une visite d’atelier peuvent donner une suite à la découverte.
C’est dans cette continuité que s’inscrit l’accompagnement d’Artenae : permettre de retrouver les artistes, d’approfondir leur démarche et de revenir vers les œuvres à son rythme.
Parfois, un nom retenu au détour d’une allée conduit quelques semaines plus tard à une visite d’atelier. Parfois, une œuvre continue de nous accompagner après notre départ et nous donne envie de la revoir. Dans le temps resserré de la foire s’amorce alors une relation qui pourra durer.