
Ce projet explore la possibilité d’une peinture qui se déploie au-delà de la surface. Une constellation de fragments picturaux se forme à la frontière entre image, matière et objet. Par leur relation à la lumière, aux reflets et à l’architecture, ces œuvres ouvrent un champ pictural aux configurations spatiales multiples.
Ce projet interroge la manière dont la peinture peut se déployer dans l’espace et entrer en relation avec l’architecture. Plutôt qu’une surface unique, il s’organise autour d’un ensemble de fragments autonomes. Chaque pièce agit comme une unité picturale indépendante tout en participant à un champ visuel plus large, capable de se reconfigurer selon la disposition des œuvres et les qualités du lieu. La recherche repose sur un dialogue entre techniques historiques et matériaux contemporains. La fresque y occupe une place centrale : le pigment pénètre la chaux et l’image se fixe dans la matière même, inscrivant dans la surface une forme de temporalité sédimentée. Ces surfaces sont ensuite intégrées à des matériaux tels que la résine, l’aluminium ou des éléments semi-transparents. Leur présence introduit des phénomènes de transparence, de réflexion et de circulation de la lumière qui activent la surface et en modifient continuellement la perception. Au sein de ces fragments apparaissent des formes végétales ou organiques, parfois nettes, parfois presque effacées. Elles se manifestent comme des traces, des images à la limite de l’apparition et de la disparition, où la mémoire visuelle semble émerger de la matière elle-même. Présentées individuellement ou réunies en ensembles, les œuvres composent des configurations ouvertes qui entrent en dialogue avec l’espace environnant. Les distances, les rythmes d’accrochage et la qualité de la lumière deviennent alors des éléments constitutifs de l’expérience picturale.




Mehdi Babaei est un artiste plasticien iranien installé en France depuis 2021. Formé dès l’enfance à la tradition de la miniature persane sous l’influence de son père, il inscrit son travail dans une tension féconde entre héritage et recherche contemporaine. La peinture devient pour lui un champ d’investigation plutôt qu’un simple médium d’expression. Après une licence en arts visuels (peinture) à l’Université Shahed de Téhéran, il poursuit sa formation à l’École des Beaux-Arts de Versailles, dont il est diplômé en 2024, puis obtient en 2025 un diplôme professionnel en fresque et art in situ à l’École des Beaux-Arts de Paris. Sa pratique interroge les notions de mémoire et de temps à travers la matérialité même de l’image. Il ne considère pas l’œuvre comme représentation, mais comme surface active où le temps se condense et s’inscrit. La matière devient le lieu d’une sédimentation : elle conserve, altère et transforme les traces. La série Les Fleurs prolonge cette recherche dans un dialogue entre tradition visuelle iranienne et nature morte occidentale. La fleur y dépasse le registre décoratif pour devenir une forme critique, située à la lisière de la présence et de l’absence, de la permanence et de la disparition. La nature morte cesse d’être un genre ; elle devient dispositif de réflexion sur la condition humaine contemporaine. Par la fresque et l’attention portée à la stratification des surfaces, Babaei met en œuvre une temporalité incarnée, où l’image agit comme espace silencieux d’inscription du passage du temps.