
Lors d’une résidence dans un village méditerranéen, j’explorerais les traces visibles et invisibles du territoire : pierres, murs, sols, photographies et récits. À partir de ces fragments, je développerais une série de dessins et transferts photographiques où apparaîtraient des images fragmentaires, comme des souvenirs persistants dans la matière.
Depuis plusieurs années, ma pratique artistique s’intéresse aux images qui persistent malgré le passage du temps. À travers le dessin, l’empreinte et le transfert photographique, j’explore ce qui subsiste des lieux, des visages ou des architectures lorsque la mémoire devient fragmentaire. Avec le projet « Souvenances », je souhaiterais mener une résidence dans un village méditerranéen afin d’explorer la mémoire d’un territoire. Pendant plusieurs semaines, je recueillerais les traces matérielles du lieu : empreintes de sols et de murs, fragments architecturaux, photographies trouvées ou confiées par les habitants. Ces éléments deviendraient la matière première d’une série de dessins et de transferts photographiques réalisés sur papier. Les images qui apparaîtraient dans ces œuvres ne seraient jamais entièrement fixes : elles émergeraient, se fragmenteraient, parfois disparaîtraient partiellement dans la matière. Comme des souvenirs, elles se situeraient dans un espace incertain entre apparition et effacement. Ce projet donnerait naissance à une série d’œuvres inédites qui composerait une cartographie du lieu à partir de ses traces, de ses images et de ses fragments de mémoire.

Après une formation en céramique et en dessin aux ateliers du Carrousel du Louvre, Anna L'Hospital a poursuivi un DNAP puis un DNSEP à la Haute École des Arts du Rhin. La mémoire conserve toujours une part mystérieuse. La sienne est fragmentée : certaines années de son enfance et de son adolescence se sont effacées, superposées ou permutées, comme si le temps s’était brouillé. Longtemps, Anna L'Hospital a appréhendé ces zones d’ombre. Aujourd’hui, elle les considère autrement : non comme un manque, mais comme une matière première. Ce qui s’efface devient le moteur de sa recherche plastique. Elle explore les mémoires incomplètes, les strates instables, et la manière dont elles laissent en nous des empreintes invisibles. Sa pratique s’ancre dans une quête du dessin en volume, proche du trompe-l’œil, où les empreintes des éléments qui l’entourent prennent forme. Sculpter le papier est essentiel pour Anna L'Hospital : c’est une façon de donner corps au souvenir tout en le maintenant dans une forme mouvante, jamais figée. En 2023, elle a participé à Drawing Now Art Fair et à Art Paris Art Fair. Elle a également réalisé plusieurs résidences, notamment à Cartels – La Défense (2024) et à l’Espace Jean de Joigny en Bourgogne (2024). En 2025, elle réalise sa première résidence à la Fondation Montresso Jardin Rouge, au Maroc. Crédit photo : David Hugonot Petit