
Le MMA (Mixed Martial Arts) est un sport largement dominé par les hommes. Les femmes y sont minoritaires et souvent réduites à la figure décorative de la ring girl. Ce projet explore la façon dont les combattantes investissent ces espaces, se soutiennent et redéfinissent les représentations féminines dans cet univers.
Laura Martin-Person commence le MMA (Mixed Martial Arts) en 2021. Dans son club, elle est alors la seule femme parmi une quarantaine d’hommes. Cette situation la conduit à s’interroger sur la place des femmes dans ce sport et sur les stratégies qu’elles mettent en œuvre pour exister et performer dans des univers dominés par les hommes. Au fil de ses années de pratique, elle découvre un réseau informel de combattantes. Souvent seules ou minoritaires dans leurs clubs, elles se retrouvent à l’occasion de stages ou d’open mats — des « tatamis ouverts » — organisés entre elles. À Paris, une trentaine de pratiquantes se réunissent chaque mois. À Marseille, une section féminine rassemble aujourd’hui près de 70 combattantes, une situation exceptionnelle en France, et organise un stage d’été qui attire des participantes venues de tout le pays. Malgré l’augmentation progressive du nombre de pratiquantes, les femmes restent largement invisibilisées dans l’univers du MMA. Leur représentation médiatique demeure marginale et, lorsqu’elles apparaissent, c’est souvent à travers la figure de la ring girl — ces femmes en petite tenue présentes sur les rings. Leur présence renvoie ainsi à une image symbolique forte : les hommes combattent et performent, tandis que les femmes décorent. Cette invisibilisation a des répercussions concrètes : manque d’équipements adaptés, rareté des créneaux d’entraînement dédiés, difficulté à trouver des adversaires, absence ou limitation de divisions féminines dans les organisations. Au-delà de ce constat sportif, cette situation l’amène à interroger une dynamique plus large : comment les femmes occupent-elles un espace pensé, historiquement et symboliquement, comme masculin ? Quels mécanismes mettent-elles en œuvre pour y prendre place et y performer ? Comment se rendre visibles sans reproduire les codes dominants ?


Laura Martin Person est artiste photographe, en résidence au 6b à Saint-Denis. Formée en anthropologie et en photographie, elle a d’abord mené des recherches en sciences sociales avant d’orienter son travail vers une pratique artistique qui croise documentaire, de la fiction et de la photographie plasticienne. Ses projets explorent des thématiques sociales et environnementales, interrogeant les rapports de pouvoir et les traces laissées par la destruction et la transformation du vivant. Son approche se nourrit d’un dialogue constant avec le champ de la recherche, à travers des collaborations régulières avec des scientifiques. Elle altère, transforme, détruit et détourne ses images, explorant leur plasticité et leur capacité à produire de nouveaux récits. Son travail s'intéresse à la manière dont les images façonnent notre compréhension du monde et interroge leur pouvoir à produire, déplacer ou contester les récits dominants, qu’ils concernent le vivant ou les corps.